Artiste : Karlit&KabokAlbum : Musik D'Ascenseur Pour Kage D'Eskalier
Année : 2008
Tracklist :
1. Karlit&Kabok
2. LaMoustafette
3. J'aiPasD'sous
4. GengBeng
5. WeekEnd
6. C'EstPasDeLaKarotte
7. OnEstPasMarrant
8. RienàAttendre
9. CéMaFam
10. Korky
11. Party
12. UnMek
(ghost track 1) JePréfèreraiKilSoyBip
(ghost track 2 + 3)OnEstPasMarrant
Line-up :
Karlit : MC
Kabok : MC
Nestor Kéa : DJ
Chronique :
Karlit&Kabok, est un duo hip hop créé à Pélussin, petite bourgade à 37 minutes (dixit : eux même) de Lyon, vers 2005. Après avoir fait le buzz sur les forums punk, gabber et teufeur avec leur pamphlet anti-flic "LaMoustafette" tout en donnant des concerts dans les free parties, ils signent sur le label electro Jarring Effect pour enfin sortir leur premier album en 2008. Le duo se sépare en 2009, mais annonce sa reformation peu de temps après sans pour autant proposer de nouvelles choses.
Bienvenus dans le merveilleux monde du Hip Hop alterno, bienvenus dans un Hip Hop qui n'a pas besoin du cliché Gansta, Bling Bling, Téci ou Conscient. Ici le ton est festif, l'alcool coule à flot et le flow coule en parlant d'alcool, de drogues, de free parties, de flics casse couille, de poches vides, de branleurs, d'envies de suicide, de parties fines dans les campings : bref la vie quoi, le tout sur un fond electro nintendo 8 bit craspec.
Avec Karlit&Kabok, les instrus sont rugueuses, tellement rugueuses qu'on entendrait presque le vrombissement du groupe électrogène branché sur leurs machines à son. Ce côté (volontairement?) cheap apporte aux morceaux une identité punk indéniable qu'on pourrait rapprocher aux défunts Bérus. Punk aussi dans la mentalité, ici les paroles sont mises en avant, comme sur toute galette Hip Hop qui se respecte, même si le mix (plutôt bon) les intègre bien avec les instrus, la mentalité qui en ressort se rapproche clairement du "no future" ("Sous les pavés y'a du ciment de toute façon" dans "WeekEnd").
La chanson "Karlit&Kabok" qui ouvre le disque est un condensé efficace de tout ce qui nous attendra au long de cette galette : "instrus à la tetris" (c'est eux même qui le disent) plutôt dansante et agressive, flow rapide remplis de boutades (Gerard Baste es tu là?), voix hurlés (Stupeflip, sors de ce corps!) et paroles au premier abord débiles mais reflet d'un nihilisme latent. Dans cette chanson, on a affaire au traditionnel ego trip. Les deux zigotos n'ont pas peur de sortir du format Hip Hop pour nous offrir quelques perles : "LaMoustafette" incontestablement, un tube presque radiophonique s'il n'avait pas oublié d'être pop et bien pensant - grand bien nous fasse - et "J'aiPasD'sous" où la guitare rock ne veut jamais changer d'accord pour laisser la place de temps en temps à un gimmick 8 bits façon Super Mario, Les voix vacillent entre cris, pleurs et les rires, irrésistible! L'instru "C'EstPasDeLaKarotte" qui sert à introduire "OnEstPasMarrant" ravira les fan de HipHop instru et de... de quoi? de Dubstep me dit on dans l'oreillette, style d'electro que je ne connais pas, pourquoi pas!
Qui a dit qu'un flow de qualité ne pouvait pas servir des paroles débiles? "GengBeng" et "OnEstPasMarrant" en sont des preuves flagrantes. Les instrus en profitent même pour nous faire saigner des oreilles avec quelques dissonances dégueu ("GengBeng"), on se soulage en criant une mélodie à tue tête ("OnEstPasMarrant") et on en redemande. On prend une leçon de flow et d'écriture en calembours avec le couplet tout en "K...K...K...K..." sur "OnEstPasMarrant". Dans "WeekEnd", la 8 bits se veut stridente et rappelle à juste titre ce que peuvent être les lendemains de cuite et cette attirance irrépressible vers la deuxième cuite pour couvrir la gueule de bois, le tout sur un flow nonchalant rappelant notre inutilité et justifie l'autodestruction dans la drogue. Si le duo de MC peut paraître drôle et fun ("CéMaFam", chanson fusion efficace rappelant les Beasty Boys), il n'en est pas moins cynique sur une génération enfantée par les soixante-huitard qui ne croit plus en la politique ni en l'hédonisme et qui semble pratiquer la fuite en avant dans les free parties et la défonce ("RienàAttendre", chansons aux accents Béruriers cafardisants, l'ultra festif "Party" et "Korky").
"Et si t'adhères à aucun partie, faut qu'tu fight for your right to party"
Malgré tout, avec "Korky", même si on traîte de ce problème, on se veut plus positif de par une instru joyeuse et dansante (pogotante?) et de par ce conseil bienveillant à Korki : "faut que tu te marie que tu trouve trouve un taf en CDI". Contrairement au début du disque le dernier ego trip "UnMek" se veut lui carrément hostile, l'instru Hip Hop enfumée et hallucinatoire (comprendre : cannabis + LSD) et les paroles négatives sur leur propre situation augmente cette impression de malaise déjà entamée sur "RienàAttendre". Et là... on touche le fond avec le premier ghost track qui souhaite avec des bips la mort de toutes les stars de la télé et la politique confondue, implorant comme un gamin nargueur la liberté d'expression sur une instru enfantine et joyeuse. Et oui Karlit&Kabok aiment nous voire faire une grimace de dégout. Puis juste pour le plaisir arrivent deux instrus sombres où le duo vient reposer les couplets de "OnEstPasMarrant".
Au premier abord rigolo et fun, Karlit&Kabok s'avère être plus que ça. Sans le vouloir, leur album est à l'image d'une société en pleine fuite en avant vers son propre échec causé par un manque de sens.
Tres bonne découverte pour moi. C'est marrant, par moment je retrouve des sonoritées a la Stupéflip. Vivement la suite!
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